jeudi 24 octobre 2013

Routine

Chant incessant,
Un coup frappant. Frappant. Frappant.
Frappant. Frappant.
Frappant.
Recommençant
Reprenant
Pareillement
Chaque temps
S’enchaînant
Fluidement
Simplement
Encore. Va y. Reprend.
Se levant. Marchant.
Mangeant. Buvant.
Dansant. Baisant.
Dormant. Rêvant.
La glace, réfléchissant.

Je l'observe. Silencieux, grave, je la brise.

mercredi 2 octobre 2013

[Poésie] Souvenirs

Souvenirs renaissants,
Souvenirs suffoquants,
Souvenirs dressés,
Souvenirs écrasés,
Multiples, éparpillés, travestis,
Brillants, obscurs, enfouis,
Foule insondable, menteuse,
Parfois indicible, honteuse,
Mon esprit les chassant les cueillent,
Pour les planter sur un testament, un cercueil,
Chrysanthème du passé,
Roses depuis fanées,
Lilas inutiles,
Pissenlit volatiles,
Vous peuplez le jardin des espérances,
Les feuilles mortes tombent. Je les abreuve d'essence.
Regroupées, entassées, empilées, embrasées,
Ces espoirs s'enfuient en une lourde fumée,
Les cendres sont ramassés,
La flore sera replantée, elles serviront d'engrais.

mardi 1 octobre 2013

Un brin de poèsie

Tu as perdu l'Eden, tu as fais brûler Troie,
Et lorsque tu fus reine, tu fis pleurer les rois.

***

Mais qu'importe le feu, la chute des empires,
Mais qu'importe les larmes et qu'importe le sang,
Tu mena les poètes, à saigner et écrire,
En effleurant leurs âmes, pour quelques brefs instants.

***

Ô, Amante inconstante, va, embrasse ma cause,
Murmure, lancinante, vite, embrase ma prose,
Enflamme mes ardeurs, viens, renforce ma transe,
Oublie donc toute pudeur, Venus, rend fous mes sens.

***

Vestiges ectoplasmiques, aux reflets occultés,
Doucement effacés, par un désir lubrique,
Espoir uchronique, prestement suriné,
D'un bien trop prompt baiser, d'un larcin fatidique.

***

Et les voilà qui flânent,
Haïssable pulsions,
Laissant ma raison,
Danser au sein des flammes,
Sur tous ces corps de femmes
Et mon égo se flatte,
D'y planter mon fanion,
Sur cette partition,
D'un fol air de flute,
Jouant sans fin ma fugue.

***

Muses évanouies, vous lirez par millions,
En mourant, sur mes lèvres, le parfum de vos noms.

jeudi 26 septembre 2013

La mélancolie est une amante cruelle.

C'était il y a deux ans. C’était hier.

C'était une simple passade, une extase passagère. Mais elle a duré des mois. Je me rappelle encore de cette soirée de septembre, des vêtements que je portais, du parfum qui te sublimait. Je me rappelle même de ce que nous avions bu, un vin blanc, sec, dont j'étais coutumier. Cette soirée ne représentait rien pour moi, mais maintenant, elle symbolise tant.

Nous avions échangés, à propos de tout, à propos de rien. Ce fut une soirée sympathique, simple, sans prétention. Nous étions deux enfants, moi notamment. Les épreuves de la vie t'avaient bien plus marquées, et je me prétendais immunisé. Comme j'avais tort.

Nous avons bu, nous avons ris. Nous savions comment cette nuit se terminerai, bien que nous puissions prétendre le contraire, hypocritement. Oh, que j'ai repensé à cette nuit. Elle est restée dressée, tel un temple millénaire, érigée douloureusement au milieu du néant de mon détachement.

Rappelle toi de mes doigts sur ton corps, rappelle toi de nos chairs embrasées, rappelle toi de ces soupirs d'extases tant de fois répétés. Ces souvenirs insupportables raniment un désir écarté, un désir oublié, un désir enterré. Ma respiration se fait plus profonde, plus pesante tandis que les images de ces instant se dessinent et rebattissent pour quelques secondes ces instant de volupté.

Va, fuis mes pensées souvenir de malheur ! Ne me rappelle donc pas le bonheur, emporte la joie, garde pour toi cette jouissance ! N'essaye pas de venir poser tes pattes sur mon épaule ! Allez, va, envole toi au loin, je ne veux pas de tes regrets, je crache sur ta mélancolie, je maudis ces rappels incessant de ce que fut l’espérance !

Je reste là, dans cette chambre obscure, à te regarder t'envoler. J'ai cru que j'allais essayer de te saisir.


C'était il y a deux ans. C'était hier.

mardi 10 septembre 2013

Femmes

[Ce texte est inachevé, et ne sera probablement jamais terminé. Il n'y a que le début, mais je ne voulais pas totalement faire tomber ce court texte dans l'oubli de mon disque dur. Il devait faire plusieurs page. Il n'en restera que quelques lignes. Sauf si j'en ai la foi.]

Perfides. Artificieuses. Vaniteuses. Curieuses. Dépravées. Ainsi écrivait le poète. Là où il voyait une putain, il trouvait une muse, là où il trouvait une muse il voyait une putain.

Permet donc, à moi, humble troubadour de compléter ces mots, de les occulter, de les oublier.
Laisse moi l'incliner, laisse moi m'effacer, laisse mon phrasé être le fidèle écuyer de la féminité.

Tu as perdu l'Eden, tu as fais brûler Troie, et lorsque tu fus reine tu fis pleurer les rois.


Mais qu'importe le feu, qu'importe le sang, qu'importe les larmes et la chute des empires, tu as été mère, femme,, fille, amante, aimante, muse, inspiration, guide, beauté, tu as donné aux hommes des raisons de vivres, des raisons de mourir, des raisons de composer et d'écrire.

Flagellation.

Le bruit caractéristique du verre heurtant le bois perce le silence de la pièce obscure, régulièrement faiblement illuminée par l'incandescence de ma cigarette. Je pose la bouteille de whisky vide, que j'ai bue sans prendre la peine d'aller chercher un verre. Le malt me brûle la gorge, tandis que je ressasse ma mélancolie, mon amertume, ma haine de moi-même.

Les muscles engourdis par le poids délicieux de l'alcool, je me lève de mon siège, cigarette entre les lèvres. Sa cendre vient chuter sur le parquet avec silence, tandis que je pose le pied sur le balcon, gouttant à la fraîcheur nocturne. Tandis que je m'avance, mon regard s'abaisse sur la rue en contrebas et les passages épisodiques de voitures. Mes doigts, délivrés de la cigarette, agrippent la balustrade tandis que je me hisse sur celle ci, m'asseyant sur le bord, les yeux clos.

Merde.

Ne pas renier ses principes. Ne pas dévier de son process habituel. Ne pas faiblir. Garder coûte que coûte sa rationalité.
J'ai faillis. J'ai laissé une malade insidieuse progresser peu à peu dans mon esprit, déréglant mon flot d'émotions. Je ne l'ai que vainement combattue la jugeant presque inoffensive, la laissant peu à peu s'enfoncer plus profondément.
Symptômes : palpitations cardiaques, confusion, dilatation de la pupille, euphorie passagère. Dénomination courante : sentiments. Traitement : déception et comportement auto-destructeur.


Je ris à gorge déployée, assis au dessus du vide, mes jambes se balançant contre le plexiglas. Je ris de ma bêtise, je ris de mon obstination. Je pleure de ma déroute, je pleure de mon incapacité à tirer les leçons du passé. Je regarde cette cuirasse cabossée que j'ai eu l'audace de retirer, trop confiant. Il m'en faut une autre. Elle sera mon amante. Nous serons inséparables.

jeudi 9 mai 2013

Pathétique.

[Suite du texte précédent, Routine.]



J’en passe la majeure partie derrière un bureau, à taper des chiffres dans des colonnes, à lire des factures, et les enregistrer sur l’ordinateur qui me fait face. C’est tellement simple. À tout événement est associé un document écrit. Prix. Remise. Rabais. Ristourne. Frais de port. TVA. Il n’y a que la réalité crue, dans ces mots et dans ces nombres. Ce n’est qu’un journal de bord détaillé, précis, efficace. Malgré le coté répétitif de ce travail, il me passionne. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Probablement parce que la plupart des gens trouve que c’est chiant, imbuvable et incompréhensible. Dans ce long enchainement d’opérations, il n’y a pas de place à l’émotion, au sentiment, à l’imagination. Rien n’est plus rationnel qu’un document comptable. Il ne fait pas pleurer, il ne fait pas rire, il ne fait pas sourire. Enfin, si, moi, parfois.

Je mange sur les bords de la Garonne, un sandwich au pain un peu trop sec, sans crudités, parsemé de minuscules tranches de fromage sans gout et d’un peu de jambon trop gras. Je regarde passer les joggeuses, leurs MP3 enfoncé dans leurs oreilles, des couples grabataires promenant leurs chiens ridicules, des enfants s’élançant en riant, avant que l’un d’eux ne chute de sa trottinette. Son genou saigne, il se met à hurler. J’ai envie de le gifler. Je me contente de sourire avant de me lever, de jeter l’emballage gras dans une poubelle et de commencer à marcher le long du fleuve en m’allumant une cigarette.

Ce soir là, je débauche tôt. C’est vendredi. Je fais des courses conséquentes, anticipant un repas potable, pour une fois. De la viande rouge, des légumes que je cuirais à la vapeur, de quoi faire une sauce correcte, une bouteille de bon vin rouge, que je me boirais tout seul. Avec un peu de chance, je serais déjà un peu saoul quand je terminerai mon repas. J’achète aussi un nouveau paquet de cigarette, par anticipation. Il faudra qu’il me tienne la nuit.

Je passe une bonne partie de mon week-end sur mon canapé, en sous-vêtements, à regarder des morceaux de films, zappant de chaine en chaine sans aucune cohérence. Le dimanche soir, mon salon est rempli de canettes de bières écrasées, de cartons de plats surgelés et de mouchoirs usagés. Je regarde mon reflet dans la salle de bain, dans laquelle je n’ai pas foutu les pieds depuis vendredi matin. Je regarde ces cheveux en désordre, cette barbe de quelques jours à l’entretient hypocrite, ce regard vide, cette lèvre pendante. Je crache sur le miroir.

Le lendemain matin, j’appelle à mon boulot. Je ne vais pas travailler. Oui. Je serai là demain. Non. Ce n’est probablement rien de grave. Oui. Toi aussi, bonne journée. Je me recouche dans ma chambre obscure, avant de passer l’après-midi à trainer sur un site de rencontre, à critiquer les descriptions bancales des femmes qui ont la mauvaise idée d’accepter de me parler. Avec l’une d’entre elle, nous parlons littérature. J’évoque à un moment un bout de subtile dentelle noire qui m’a attiré l’œil sur une de ses photos. Elle me répond avec un simple smiley souriant, qui est le point final de notre échange. Le soir, je grignote ce qui semble encore mangeable au fond de mon frigo et de mes placardx. Cela dure trois jours. Je n’ai pas envie de sortir de chez moi. Je reste là, déchet inutile, végétant tantôt dans son lit, tantôt devant son ordinateur, échouant de temps à autres sur son canapé, la télévision allumée. Je n’ai plus de cigarettes. Il me reste du whisky.

Je fini par sortir de chez moi, jeudi, à la première heure. Je n’en peux plus du manque de tabac. Je glisse un de ces vicieux tubes cancérigènes entre mes lèvres sèches, embrase son extrémité, aspire lentement le poison qui vient emplir mes poumons. Je me suis appuyé contre le mur, dés ma sortie du buraliste, glissant doucement vers le sol. Je sens mon esprit qui se perd pendant de longues secondes, mon corps entier s’emplit de douces vibrations, malgré la fumée qui emplit mes poumons crasseux et brule ma gorge. Je reste là encore quelques minutes après que la cigarette soit venue s’élancer sur le béton, son filtre fumant légèrement, regardant le ciel empourpré par le soleil levant, derrière les vieilles maisons de pierre.

La journée est banale, sans saveur. Je ne prends aucun plaisir à faire mon boulot. Pour la première fois depuis longtemps, tout cela est machinal, morne, vide. Je regarde frénétiquement l’horloge qui ricane en voyant mon impatience. Toute la journée, je m’emmerde profondément. J’ai envie de claquer la porte, j’ai envie de fuir cette existence qui, à ces instant, me parait si monotone. Il y a une semaine, je trouvais mon travail épanouissant, aujourd’hui, il est vide de sens. J’ai envie d’hurler. J’ai envie de gifler ma collègue qui, autours du café, me parle de son mari, de leurs deux gosses, de leur petit Théo ou de leur petite Léa qu’ils attendent. Je regarde avec désespoir le fond de mon gobelet, voyant son contenu descendre lentement, largement insuffisant pour me faire tenir plus longtemps cette putain de journée. Pendant cette pause, je fume trois cigarettes. Je ne les termine même pas, c’est purement psychologique, j’ai besoin d’en allumer trois.

Le soir venu, je ne peux m’empêcher d’aller échouer dans mon lieu de perdition habituel, commençant par une éternelle absinthe. Je ne sais pas quelle quantité de mon foutu pognon je leur file. Franchement, j’aurais mieux fait de prendre des parts, pour rentabiliser. Comme à chaque fois, mon regard se promène sur l’assistance, sur les jeans trop serrés, sur les hauts moulants, sur les visages souriants. Rien de bien fascinant, ce soir.

Non. Attendez.